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Drapeau du pays : NorvègeNorvège

Auteur(e) : Ulysse Lheriau

Publié le 27/04/2026

Dernière mise à jour le 27/04/2026 à 10h41

Synthèse

I. CONTEXTE

La Norvège dispose de nombreux atouts dans le paysage scientifique et technologique. Elle s’appuie sur des chercheurs et des institutions de premier plan, ainsi que sur une expertise reconnue dans la technologie des capteurs. Elle est copropriétaire du supercalculateur européen LUMI situé en Finlande dans le cadre de l’initiative européenne EuroHPC. Dans le domaine de l’informatique quantique, les acteurs norvégiens se distinguent notamment par une solide expertise en matière de logiciels et d’algorithmes quantiques. Le pays dispose également d’un fort potentiel minier en terres rares, minéraux et métaux critiques, susceptible de jouer un rôle stratégique dans le développement des technologies quantiques. En 2025, la Norvège figurait ainsi parmi les principaux producteurs de silicium, de carbure de silicium et de titane, des matériaux notamment utilisés dans le domaine de l’ingénierie quantique.

À ce stade, la Norvège ne dispose pas encore d’une stratégie nationale dédiée aux technologies quantiques. Constatant un retard vis-à-vis des États voisins nordiques et de l’UE, un consortium d’universitaires a publié en 2023 un livre blanc (Quantum Technology in Norway: Proposal for a National Funding Strategy) afin d’inscrire l’élaboration d’une telle stratégie à l’agenda politique. Les auteurs y identifient plusieurs priorités, notamment l’attraction des talents, l’accès aux infrastructures et la souveraineté technologique norvégienne. Cet appel a trouvé un premier prolongement politique en octobre 2024, avec la décision du gouvernement d’augmenter le financement annuel de la recherche en technologie quantique de 70 millions de couronnes norvégiennes, soit plus de 6 millions d’euros.

Souhaitant se positionner dans la course mondiale, portée par l’Année internationale des sciences et technologies quantiques et par l’adoption de stratégies nationales par de nombreux États, dont des pays nordiques (Danemark, Finlande, Pays-Bas), la Norvège a annoncé le lancement d’une stratégie nationale quantique pour 2026. Cette annonce a été faite par la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Sigrun Gjerløw Aasland, lors du discours d’ouverture de l’événement QIT Norway, organisé les 12 et 13 mai 2025 par le laboratoire de recherche Simula réunissant chercheurs, décideurs politiques et acteurs industriels autour de l’avenir des technologies quantiques en Norvège. Cet évènement a permis d’identifier plusieurs axes prioritaires pour positionner la Norvège dans la course quantique, notamment l’éducation, l’industrie et la sécurité. Are Magnus Bruaset, directeur de division chez Simula, a insisté sur l’importance d’une approche holistique, intégrant les principaux segments du domaine (capteur, communication, informatique quantiques) et couvrant l’ensemble de la chaîne d’innovation pour une stratégie nationale efficace.

II. CONTENU

L’écosystème de recherche quantique norvégien se structure par l’intermédiaire du Conseil norvégien de la recherche (Forskningsrådet) qui a financé en décembre 2025 la création de quatre centres de recherche quantique dans le but de construire de solides communautés universitaires norvégiennes dans l’informatique, les capteurs et la communication quantiques. Un financement de 244 millions de NOK a été attribué pour le SIMULA UiB (Centre pour les réseaux et applications de communication quantique), le SINTEF Community (Centre d’informatique quantique), le SIMULA(Centre de logiciels quantiques), et à l’Université d’Oslo pour des recherches en semi-conducteurs pour la détection quantique. Par ailleurs, dans la partie du Plan à long terme pour la recherche et l’enseignement supérieur 2023-2032 consacrée aux technologies habilitantes, l’IA, les technologies quantiques et les neurotechnologies relèvent des domaines prioritaires. L’ambition est de renforcer la compétitivité et la préparation de la Norvège en finançant la recherche et le développement (R&D) dans le domaine quantique.

Une feuille de route pour les infrastructures (Norwegian roadmap for Research infrastructure) publiée en mars 2025 prévoit d’allouer des fonds supplémentaires dans les domaines des matériaux avancés, des biotechnologies, des nanotechnologies et des technologies quantiques. L’objectif est de créer des infrastructures de communication quantique, notamment avec des partenariats internationaux et des coopérations nordiques (NordIQuEstNordic Quantum, collaboration entre l’Institut Niels Bohr et l’Université d’Oslo) et européennes (EuroHPC, EuroQCI, ESFRI). La feuille de route souligne l’importance d’adopter une approche globale et de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur et de l’écosystème quantique en veillant à disposer d’infrastructures facilitant la R&D en matière de capteurs, de composants et de systèmes quantiques, ainsi que leur interaction avec d’autres technologies. Elle précise également que les infrastructures existantes et nouvelles doivent intégrer la protection de la vie privée dès leur conception et que les aspects liés à la confiance et à l’éthique seront traités selon les normes les plus élevées. Par ailleurs, l’Autorité de sécurité nationale norvégienne (The Norwegian National Security Authority) a publié en mars 2025 un guide destiné à anticiper les risques des technologies quantiques sur la cybersécurité. Ce document formule des recommandations pour préparer les infrastructures critiques à la transition vers des systèmes cryptographiques post-quantiques, c’est-à-dire des algorithmes capables de résister aux capacités de calcul des futurs ordinateurs quantiques.

Le plan à long terme du secteur de la défense pour la période 2025-2036 (The Norwegian Defence Pledge), adopté par le parlement norvégien en juin 2024, a fait l’objet d’une actualisation budgétaire et stratégique en mars 2026 pour tenir compte de l’accélération technologique (Prop. 68 S). Il met en avant que la montée en puissance des technologies émergentes et de pointe, ainsi que le recours à la guerre électronique, impose à la Norvège de renforcer ses capacités propres, notamment en matière de résilience face aux attaques. Dans ce contexte, les technologies de l’information et de la communication, l’IA, les technologies quantiques et les biotechnologies sont considérées comme essentielles pour la sécurité et les capacités de défense de la Norvège. Une initiative de recherche commune sur la technologie quantique est menée par le ministère de la défense norvégien en collaboration avec le ministère de la Science, afin de renforcer les capacités nationales dans ce domaine. Par ailleurs, la Norvège mène des activités conjointes avec l’OTAN : la Communauté transatlantique du quantique dont l’objectif est de mettre les technologies quantiques au service de l’Alliance pour renforcer la dissuasion et la défense ; et le programme DIANA pour accélérer le développement des technologies à double usage.

III. POUR ALLER PLUS LOIN…

Compte tenu du contexte entourant l’élaboration de la stratégie quantique norvégienne, il est à attendre qu’elle s’articule autour de plusieurs axes : la R&D, l’industrialisation et la commercialisation, la sécurité et la défense, ainsi que la coopération internationale, régionale et nordique. La Norvège apparaît comme un acteur susceptible de s’imposer dans la seconde révolution quantique. Sa force repose sur la convergence entre une excellence académique reconnue et des ressources matérielles stratégiques. La transformation de ce potentiel en leadership industriel dépendra toutefois d’un tournant majeur en 2026, le lancement d’une stratégie nationale intégrée capable de structurer et de fédérer les différents efforts en présence.

Sur le plan international, le 24 mars 2026, la Norvège et le Canada ont réaffirmé un engagement commun à la coopération en matière de recherche et d’innovation, notamment sur l’Arctique, le climat, les sciences marines, l’IA et les technologies quantiques. Le même jour, la Norvège et la France ont signé un protocole d’entente sur les métaux critiques visant à sécuriser la chaîne de valeur européenne de l’extraction à l’usage. Les deux pays ont également procédé à la mise à jour de leur partenariat industriel vert en y intégrant des dimensions liées aux technologies numériques et spatiales, notamment l’IA, le quantique et les systèmes satellitaires. Par ailleurs, bien que la Norvège ne soit pas membre de l’UE, elle participe au programme Digital Europe (2021-2027) en tant que pays associé de l’EEE. En mars 2026, l’UE a signé un accord avec la Norvège et l’Islande permettant aux deux pays d’adhérer à GOVSATCOM et au programme de connectivité sécurisée, IRIS2. Avec cet accord, la Norvège participe à l’initiative européenne EuroQCI et garantit l’interopérabilité des infrastructures satellitaires norvégiennes avec le réseau européen.