Suède
Auteur(e) : Ulysse Lheriau
Publié le 27/04/2026
Dernière mise à jour le 27/04/2026 à 10h57
Documents officiels
Synthèse
I. CONTEXTE
La tendance mondiale d’adoption de stratégies nationales dédiées au quantique et le lancement d’une stratégie européenne ont contribué à construire un cadre continental dans lequel certains pays nordiques commencent à s’engager plus activement. En mai 2025, les ministres nordiques ont décidé de favoriser une approche coordonnée et unifiée à travers des partenariats de collaboration et des mécanismes de financement dans le domaine des technologies quantiques. La Suède dispose d’une solide base de recherche et occupe une certaine position en matière de recherche sur les composants quantiques. Elle figure parmi les principaux producteurs de métaux en Europe avec des sous-sols riches en matières premières critiques. Elle assure une importante partie de la production européenne en fer, cuivre, plomb, zinc, or et argent, ressources nécessaires au développement et à la conception de technologies quantiques.
Bien que la Suède ne dispose pas encore de stratégie quantique officielle, le projet de loi nationale sur la recherche présenté par le gouvernement le 12 décembre 2024 (Prop. 2024/25:60) reconnaît le quantique comme un domaine de recherche stratégique. Il prévoit de renforcer les capacités de la Suède et sa position mondiale en science quantique en créant un écosystème de recherche suédois attractif et collaboratif. À ce titre, des financements dédiés sont prévus, à hauteur de 50 millions de couronnes suédoises (SEK) en 2027, soit plus de 4 millions d’euros, puis 100 millions SEK en 2028.
En mai 2024, le gouvernement suédois a confié l’élaboration d’une telle stratégie au Conseil national de la recherche(Vetenskapsrådet), principal organisme public de financement de la recherche en Suède. La stratégie est annoncée pour 2026 pour une période allant jusqu’à 2030. L’objectif est de renforcer la position de la Suède dans le domaine quantique à travers la recherche, l’éducation, l’innovation et la collaboration internationale. Elle devrait aborder les implications des technologies quantiques en matière de sécurité et de défense, y compris la nécessité de mesures de protection, de normes internationales et de partenariats internationaux sécurisés.
II. CONTENU
En l’absence de stratégie coordonnée, l’écosystème quantique suédois s’articule autour de quelques pôles académiques (Université technologique de Chalmers, Institut royal de technologie KTH, Université de Lund, Université de Stockholm), soutenus par des acteurs privés (WACQT, SCALING, ConScience, quCertify), des organismes publics (Vinnova, Agence suédoise pour la croissance économique et régionale, Conseil suédois de la recherche, RISE), ainsi que par des initiatives européennes et nordiques.
Le Centre de recherche Wallenberg Centre for Quantum Technology (WACQT) lancé en 2018 avec un horizon de douze ans vise à mettre la recherche et l’industrie suédoises à l’avant-garde de la technologie quantique. Une grande partie des recherches est menée à l’Université technologique de Chalmer, où se trouve également son siège. Il est doté d’un budget d’un milliard de SEK, soit près de 92 millions d’euros. Les fonds proviennent principalement de la Fondation Knut et Alice Wallenberg (KAW), liée à la famille Wallenberg impliquée dans plusieurs grands groupes industriels suédois (Ericsson, ABB…). L’objectif du centre est d’établir une expertise solide à long terme au sein du monde universitaire et industriel suédois dans les principaux domaines de la technologie quantique (informatique, simulation, communication et détection quantiques). L’équipe WACQT compte un peu plus de 200 personnes issues de 48 pays, a recruté 81 doctorants (dont 18 femmes) et a accueilli 40 chercheurs invités du monde entier. Il a pour ambition de développer un ordinateur quantique de 100 qubits capable de résoudre des problèmes au-delà de la portée des meilleurs supercalculateurs classiques. Un rapport publié en 2024 indique qu’une équipe de chercheurs a réussi à développer un ordinateur quantique de 25 qubits à l’Université de Chalmers, qui est par ailleurs responsable des initiatives de simulation. Le centre collabore également avec l’Institut royal de technologie KTH, qui dirige l’initiative de communication du WACQT, l’Université de Stockholm pour le développement des pièges à ions, ainsi que l’Université de Lund sur les travaux sur les capteurs quantiques. Les universités et entreprises participantes contribuent ensemble à hauteur d’environ 300 millions de SEK au WACQT (environ 27 millions d’euros). Le centre a récemment conclu un accord avec IBM, à hauteur de 50 millions de SEK (fonds alloués par la KAW) permettant aux chercheurs et aux entreprises suédoises d’accéder aux ordinateurs quantiques d’IBM via le cloud et d’y exécuter des algorithmes.
L’Agence nationale de l’innovation (Vinnova) finance et cofinance plusieurs projets de recherche et d’innovation quantique depuis 2021, notamment dans le domaine de la communication et cryptographie (Quantum Certification, Quantum-Secure Sweden, NordicQCI), de la détection quantique (Quantum Scopes, Quantum LIDAR), ou encore de la santé (Quantum-Secure Sweden). L’objectif est l’application industrielle et la commercialisation des technologies quantiques par la création de consortiums mixtes faisant collaborer les centres de recherche et les partenaires industriels. En 2023, Vinnova a publié le Swedish Quantum Agenda, en collaboration avec WACQT, Swelife, RISE et le Conseil suédois de recherche, pour guider les efforts nationaux dans le domaine quantique. Neuf domaines prioritaires sont identifiés afin de renforcer la position et la compétitivité de la Suède : définir une stratégie quantique nationale ; coordonner les efforts ; renforcer l’éducation ; soutenir les infrastructures de recherche ; financer à long terme ; soutenir l’innovation ; favoriser les applications industrielles ; participer à l’élaboration de normes internationales ; et développer les coopérations à l’échelle nordique, européenne et globale.
L’Institut public de recherche appliquée (RISE) est un organisme appartenant à l’État suédois (ministère du Climat et de l’Entreprise) avec pour mission de transformer la recherche en valeur économique et sociétale. Il fédère un réseau pluridisciplinaire (chercheurs, experts, ingénieurs) autour de projets, notamment en cybersécurité appliquée aux technologies quantiques. Le projet Post Quantum Resilience mené en 2024 visait à élaborer une feuille de route pour la migration vers la cryptographie post-quantique, tout en sensibilisant les acteurs privés et publics à la vulnérabilité des protocoles de chiffrement classiques face aux progrès du calcul quantique. Le projet Quantum-Secure Health data (2025-2028) adopte la même approche pour les données de santé et les infrastructures médicales. RISE est par ailleurs coordinateur de l’initiative NordicQCI qui consiste à construire une infrastructure de communication quantique reliant la Suède, la Finlande et l’Estonie d’ici 2029, et permettre la connexion au segment spatial de l’EuroQCI par le biais d’une station terrestre optique à Stockholm.
L’Agence suédoise pour la croissance économique et régionale (Tillväxtverket) a publié un rapport sur l’avenir de l’écosystème quantique suédois (Towards a Swedish quantum ecosystem), rédigé par Adam Edström avec l’expertise du technique RISE pour transformer le potentiel quantique en croissance économique. Le rapport recommande de soutenir les initiatives de recherche existantes, de mettre en place une plateforme réunissant tous les acteurs de la chaîne de valeur, de participer à la normalisation et d’établir un partenariat public-privé.
III. POUR ALLER PLUS LOIN…
L’écosystème quantique suédois se distingue par sa qualité scientifique, la forte implication du secteur privé et le déploiement de programmes ambitieux. Les initiatives en cours traduisent une approche couvrant la recherche et l’innovation (R&D), la commercialisation et la sécurité. La Suède reste toutefois en retrait par rapport à des États comme le Danemark, la Finlande ou les Pays-Bas, qui ont déjà lancé des stratégies nationales. Plusieurs rapports nationaux soulignent ainsi la nécessité pour l’État suédois de renforcer son rôle d’orientation stratégique afin de consolider un écosystème robuste, capable de passer de la recherche à l’industrialisation des technologies quantiques. La stratégie annoncée pour 2026 apparaît comme une étape décisive pour coordonner les efforts nationaux et positionner durablement la Suède dans la course mondiale aux technologies quantiques.
Sur le plan international, la Suède s’appuie sur la dynamique européenne et nordique pour mutualiser les compétences, infrastructures et financements dans le domaine quantique. Elle développe également plusieurs partenariats internationaux : la déclaration conjointe des États-Unis et de la Suède sur la coopération dans la science et la technologie de l’information quantique signée en 2022 ; et le protocole d’accord entre la Suède et Singapour sur la recherche, l’innovation et les applications industrielles des technologies quantiques.
En tant que producteur incontournable de métaux en Europe, la Suède a conclu plusieurs accords internationaux visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement. La déclaration commune du Canada et de la Suède établissant un lien durable sur les matières premières essentielles, les chaînes de valeur de batteries et les technologies émergentes. La déclarationentre la France et la Suède en 2024 renouvèle le partenariat franco-suédois en matière d’innovation pour des sociétés durables, numériques et résilientes. Elle est par ailleurs membre et partenaire fondateur depuis 2022 du Minerals Security Partnership, une initiative états-unienne visant à garantir un approvisionnement stable en matières premières et à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur. Enfin, en tant qu’État membre de l’UE, la Suède accueille plusieurs projets d’extraction de terres rares, dans le cadre du Critical Raw Materials Act adopté en mai 2024 destiné à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement européennes.


