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Drapeau du pays : UruguayUruguay

Auteur(e) : Ulysse Lheriau

Publié le 27/04/2026

Dernière mise à jour le 27/04/2026 à 11h07

Synthèse

I. CONTEXTE

L’Uruguay s’impose aujourd’hui comme l’un des pôles numériques les plus dynamiques d’Amérique du Sud. Il se distingue par la numérisation avancée de ses services publics (Uruguay Digital, Plan Ceibal) et par le développement des énergies renouvelables. Le pays figure parmi les leaders mondiaux d’énergie éolienne, qui représente environ 35 % de sa production électrique (Peralta).

En l’absence de stratégie nationale spécifiquement dédiée aux technologies quantiques, l’écosystème quantique uruguayen repose sur des initiatives venant en d’agences publiques, de centres académiques et d’acteurs privés. L’approche uruguayenne ne s’oriente pas pour l’heure vers le développement industriel de matériel quantique (hardware), mais traduit un intérêt pour les transformations technologiques émergentes pour l’anticipation et l’intégration opérationnelle de ces technologies.

II. CONTENU

L’AGESIC (Agencia de Gobierno Electrónico y Sociedad de la Información y del Conocimiento) est une agence gouvernementale chargée du numérique et de la société de l’information. Elle a pour objectif d’améliorer les services aux citoyens en mobilisant les technologies de l’information et de la communication, tout en favorisant l’inclusion numérique et le développement des compétences technologiques de la population. À ce titre, elle élabore et met en œuvre des stratégies nationales relatives au développement technologique et numérique. En 2024, elle a adopté une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (IA) visant à exploiter le potentiel de l’IA comme levier de développement de l’Uruguay à l’horizon 2030, en soutenant une croissance économique inclusive, la durabilité environnementale, le renforcement de la souveraineté et l’amélioration de la gestion publique. Elle s’est également dotée d’une stratégie nationale des données pour la période 2024-2030 qui définit des lignes directrices visant à garantir un cadre global de gouvernance et de gestion des données, afin d’en favoriser la qualité, l’interopérabilité et la disponibilité tant dans le secteur public que privé. Elle prévoit notamment l’adaptation des cadres réglementaires, le développement des capacités et infrastructures technologiques, le soutien à la recherche et au développement (R&D), la croissance économique, l’amélioration des services publics, ainsi que le renforcement de la transparence, de la responsabilité et de l’usage sûr et éthique des données. L’Agence a par ailleurs lancé une stratégie de citoyenneté numérique (2024-2028) fondée sur une approche par les droits humains. Elle vise à permettre aux individus de mieux comprendre les interactions et les tensions dans l’environnement numérique, ainsi qu’à identifier les problèmes éthiques, sociaux et politiques liés notamment à la collecte de données, au profilage et à la plateformisation. Ces trois stratégies, bien qu’inscrites dans le champ technologique et numérique, ne mentionnent pas explicitement le domaine quantique. La seule stratégie intégrant cette dimension est la stratégie nationale de cybersécurité, adoptée en décembre 2023 pour la période 2024-2030. Elle prévoit notamment le développement d’une infrastructure nationale à clé publique, conforme aux normes internationales et renforcée par un partenariat public-privé, ainsi que l’adoption d’algorithmes cryptographiques post-quantique afin d’en accroitre la résilience. L’ensemble de ces orientations traduit une approche technologique structurée autour de la croissance économique, des droits humains, de la durabilité environnementale et de la cybersécurité. Sur ce dernier point, l’intégration des enjeux quantiques dans le cyberespace s’inscrit dans une dynamique mondiale visant protéger les infrastructures critiques et les données sensibles face à l’émergence d’ordinateurs quantiques capables de compromettre les systèmes cryptographiques actuels. En outre, l’AGESIC et la direction générale de l’informatique de la Commission européenne ont signé un accord de coopération en 2018 visant à développer les échanges dans les domaines des technologies de l’information, des plateformes ouvertes, des normes et des méthodes, notamment pour améliorer l’interopérabilité et les cadres communs destinés aux administrations publiques. 

L’ANII (Agencia Nacional de Investigación e Innovación) est une agence nationale avec pour mission de faire de la science et de l’innovation des facteurs clés pour la croissance économique, le développement social et durable du pays. Elle finance des bourses de master et de doctorat, ainsi que des projets de R&D dans le domaine quantique et le transfert technologique vers les entreprises. Parmi les initiatives soutenues figurent notamment les logiciels d’optimisation de la cargaison pour l’industrie du transport utilisant le calcul quantique (2021-2023), l’optimisation avec l’informatique quantique (2022-2024 – Université de Montevideo et l’entreprise Quantum-South), ou encore la simulation chimique avec le calcul quantique (2025-2027 – Université de Montevideo et le laboratoire QSC Labs).

L’Université de Montevideo (UM) est un acteur académique incontournable qui tente de dynamiser la R&D dans le domaine quantique. Depuis mai 2020, elle est devenue membre du Microsoft Quantum Network, devenant ainsi la première université d’Amérique latine à intégrer ce réseau. Ce partenariat a permis l’introduction de cours d’informatique quantique au sein de la faculté d’ingénierie. Dans ce cadre, plusieurs étudiants ont obtenu la certification « IBM Certified Associate Developer - Quantum Computation using Qiskit v0.2X », première certification internationale de ce type en programmation quantique, proposée depuis 2021. De plus, l’UM organise des ateliers, des rencontres et des séminaires en lien avec le domaine quantique afin de diffuser les connaissances, de sensibiliser aux enjeux du quantique et de favoriser les échanges entre chercheurs, étudiants et acteurs industriels. En octobre 2025, elle a ainsi accueilli l’évènement Hackathon LATAM 2025 : Quantum for Climate, organisé en collaboration avec l’Open Quantum Institute (CERN) et sous les auspices de Microsoft. Le hackathon a réuni 80 participants de dix pays pour développer des solutions basées sur des technologies quantiques orientées vers trois objectifs de développement durable. Parmi les projets lauréats : un système d’optimisation quantique pour la gestion énergétique des micro-réseaux, un modèle quantique-hybride pour prédire les sécheresses en Uruguay, une plateforme hybride pour optimiser le flux d’énergie électrique, la réduction des pertes et l’amélioration de la résilience des réseaux, et une solution quantique-classique pour lutter contre les incendies de forêt par la prédiction et l’allocation optimale des ressources. Par ailleurs, en juin 2025, la faculté d’ingénierie de l’UM a accueilli une rencontre réunissant des experts académiques et industriels autour de l’informatique quantique, organisée par les entreprises Urudata et IBM. L’UM s’affirme ainsi comme un espace de R&D interdisciplinaire, favorisant les interactions entre le milieu universitaire, l’industrie et le secteur public, et contribuant à structurer un écosystème orienté vers des applications pratiques des technologies quantiques, notamment au service du développement durable.

Sur le plan international, l’Uruguay a signé en avril 2024 un protocole d’accord (MoU) avec les États-Unis pour renforcer la coopération sur certaines technologies critiques et émergentes. Ce MoU prévoit la création d’un groupe de travail bilatéral (BWG), chargé de se réunir tous les deux ans pour faciliter la coopération dans plusieurs domaines, notamment les semi-conducteurs, l’IA, les flux de données, l’énergie propre, les télécommunications, la cybersécurité et la biotechnologie. Dans ce cadre, le volet relatif aux semi-conducteurs revêt une importance particulière, dans la mesure où ces composants constituent un socle essentiel pour le développement de technologies quantiques. L’Uruguay est également membre du programme ibéro-américain de science et de technologie pour le développement (CYTED), ce qui lui permet de collaborer notamment avec l’Espagne et le Brésil. En outre, le Brésil et l’Uruguay ont signé en 2023 un protocole d’accord visant la coopération en matière de R&D de la signature numérique, de l’identification numérique, de la cryptographie, des infrastructures de clés publiques et de nouveaux services de confiance. Un mémorandum similaire a été réalisé avec le Paraguay.

III. POUR ALLER PLUS LOIN…

Bien que l’écosystème quantique uruguayen demeure à un stade embryonnaire, le pays a su transformer cette contrainte en un choix stratégique, en privilégiant une logique de « Quantum Readiness ». Plutôt que d’investir dans le développement de processeurs quantiques, l’Uruguay met l’accent sur l’anticipation normative, l’intégration logicielle et la sécurisation des infrastructures. Cette approche se manifeste particulièrement dans le domaine de la cybersécurité, à travers l’adoption progressive de systèmes cryptographiques post-quantiques. L’insertion de l’Uruguay dans la compétition technologique internationale suppose néanmoins une meilleure coordination des initiatives nationales. Si des institutions telles que l’AGESIC et l’ANII contribuent déjà à structurer l’écosystème quantique uruguayen, l’adoption d’une stratégie nationale unifiée est essentielle pour passer d’une logique de projets isolés à une politique de souveraineté technologique cohérente. Le succès de cette ambition repose surtout sur le développement du capital humain : la formation de talents qualifiés et la création d’un cadre attractif permettant de freiner la fuite des cerveaux vers les pôles technologiques du Nord.

L’approche uruguayenne se distingue enfin par sa volonté d’articuler l’innovation technologique avec des objectifs environnementaux et sociétaux. En orientant les applications vers la réponse aux défis climatiques, l’optimisation énergétique et les objectifs de développement durable, le pays inscrit le développement technologique dans une perspective éthique. Ainsi, sa place sur la scène internationale repose moins sur sa capacité de calcul que sur son aptitude à mobiliser la science et la technologie au service de la société et de l’environnement.